Taxe sur les billets d’avion : on tire sur le malade et sur l’ambulance

La discussion sur l’opportunité d’instaurer une taxe sur les billets d’avion en Suisse est de retour à Berne avec la loi sur le CO2.

Depuis la dernière session, la crise due à la pandémie est passé par là et les cartes ont été complètement brassées : nous nous trouvons désormais face à un nouveau paradigme. Une vraie réflexion sur la pertinence d’une telle taxe s’impose donc.

Faut-il rappeler que le secteur du transport aérien traverse la plus grave crise de son histoire ? Que 99% de la flotte mondiale des compagnies aériennes est clouée au sol ? Que celles-ci luttent pour leur survie ? Qu’elles ont dû faire appel aux aides des Etats ? Que les annonces de licenciements massifs rythment quotidiennement l’actualité ? Que même les aéroports doivent procéder à des licenciements ?

Difficile d’imaginer, dans des conditions aussi dramatiques, qu’une taxe, qui avait été conçue alors que le secteur était en pleine santé, ne soit pas remise en question. Ce serait comme demander à un athlète d’améliorer ses performances alors qu’il vient de se blesser. On frise l’absurde.

Rappelons que l’objectif de cette taxe est de remplir les caisses de l’Etat et non de réduire les émissions de CO2 (si tel était le cas, il faudrait des taxes de plus de Frs. 1'000.- par billet avec d’importantes conséquences sociales et la création d’une véritable société à 2 vitesses). En effet, aucune étude scientifique et économique sérieuse ne démontre qu’une taxe sur les billets d’avion ne fait diminuer le nombre de vols. Tout comme une augmentation du prix de l’essence ou des billets de train n’a pas d’influence sur la demande. Car, à l’exception des liaisons de trains à grande vitesse de moins de 4h, il n’y a pas d’alternative à l’avion.

A Berne, les Chambres fédérales ne seraient-elles dès lors pas plus avisées de se concentrer sur la promotion des investissements dans les nouvelles technologies (avions électriques, propulsion hydrogène, carburants alternatifs durables, contrôle plus efficient de l’espace aérien…), et non sur une taxe sur les passagers.

A l’heure où nous faisons face à la plus grave crise économique de ces 75 dernières années, les PME exportatrices suisses (50% de nos PME !), ont besoin de pouvoir bénéficier des conditions cadres les plus favorables possibles pour la reprise de leurs activités. Tout l’inverse d’une nouvelle taxe ! Le moment est ainsi particulièrement inopportun de couper les ailes de nos PME exportatrices qui tentent de se relever avec grand peine de la crise.

Faut-il rappeler que le secteur du transport aérien soutient plus de 200'000 emplois et contribue pour presque 30 milliards de francs à l’économie ? Une taxe sur les billets d’avion, c’est aussi un caillou dans la botte de la Genève internationale, de ses organisations internationales et de ses ONG, sans oublier le secteur du tourisme et des congrès qui, lui aussi, souffre particulièrement et qui a besoin d’un coup de pouce et non pas d’un coup de massue sur la tête

Devons-nous encore évoquer l’autre défaut (peut-être majeur) de cette taxe : elle vise directement la classe moyenne, elle qui est déjà submergée de taxes !

La reprise économique que nous souhaitons tous passe par l’innovation technologique, pas par de nouvelles taxes ! Alors ? Alors il n’est pas trop tard pour corriger le tir : pas de taxe sur les billets d’avion en pleine crise économique ; on ne tire ni sur l’ambulance, ni sur le malade !

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv

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Commentaires

  • Je suis étonné que parmi ceux qui critiquent le recours aux voyages low cost aucune n'a relevé qu'ils permettent à des personnes au budget limité d'avoir recours à des soins dentaires ou autres qu'ils ne peuvent pas se payer en Suisse.

  • Le combat contre un virus n'est rien en comparaison de se battre contre des idéologies, certains veulent détruire l'économie, tous les moyens sont bons et ils sautent sur l'occasion, on les vois é l'action, mais qu'ils n'oublient surtout que ce virus vient d'un pays communiste qui lui ne va pas arrêter ses vols !

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