Remplacer l'avion par le train ? Une douce utopie. Voici pourquoi…

Pour lutter contre la pollution émise par le transport en avion, (3% des émissions de CO2 en Europe), plusieurs élus des Chambres fédérales proposent de taxer le kérosène, voire de supprimer les lignes aériennes quand les CFF sont plus efficients. Deux propositions qui seraient socialement dramatiques si elles n’étaient mises en œuvre qu’au niveau national, et impensables à mettre en place à l'échelle européenne. Voici pourquoi…

Commençons par la taxation du kérosène, qui est interdite sur les vols internationaux depuis la convention internationale de Chicago, signée en 1944. Mais les écologistes européens se déclarent favorables à une taxation sur les vols internes à l’Europe.

Le premier obstacle à relever est celui de la compétitivité des compagnies aériennes concernées sur la scène internationale. Car si une taxe au niveau européen serait moins suicidaire qu'une taxe au niveau national, elle poserait un gros problème pour les compagnies aériennes européennes. La majeure partie de leur activité dégagerait moins de marges, alors que les opérateurs non-européens ne seraient pratiquement pas touchés. Une taxe européenne sur le kérosène serait donc du pain bénit pour les compagnies aériennes américaines, asiatiques ou du Golf. Alors, pour éviter que le secteur aérien européen ne soit gravement prétérité, il serait indispensable que d'autres pays l'accompagnent dans cette initiative. Or, il est difficile d'imaginer les Etats-Unis ou les pays du Golf appliquer une taxe sur le kérosène...

Et pour couronner le tout, cette taxe ne serait pas efficace pour diminuer le trafic aérien. Car les vols intra-européens sont incontournables : au fil des années, le transport aérien s'est démocratisé. L'Europe draine aujourd'hui un tiers du marché mondial et plus d’un milliard de voyageurs ont transité par ses aéroports en 2018. Une taxe sur le kérosène aurait un impact dérisoire sur le nombre de passagers et ne réduirait donc en rien l’impact climatique du secteur.

Deuxième proposition venant de conseillers nationaux et aux Etats écologistes : nous obliger à prendre le train quand celui-ci offre une alternative efficace : il s'agirait d'interdire tout simplement les lignes aériennes lorsque l’avion ne fait pas gagner de temps, (calculée ainsi : la durée du vol à laquelle on ajoute 2h, afin de tenir compte du fait que prendre un avion induit une perte de temps dans les transports vers et depuis l'aéroport, les contrôles de sécurité, les temps d'embarquement et de débarquement…)

Mais si l’on veut rendre le train plus attractif, il faut investir des sommes considérables dans les infrastructures, car il en demande beaucoup plus que l'avion. Et le train européen doit faire face à un problème de taille que n'a jamais connu l'avion : la disparité des systèmes ferroviaires. Quand un Paris – Berlin, par exemple, se fait en 1h45 en avion, le trajet dure plus de 8h30 par le rail. L'espace aérien a toujours été internationalisé. A l'inverse, chaque pays a développé de son côté son propre chemin de fer, sans prendre en compte celui des pays voisins. Le réseau européen s'est ainsi tissé par la complémentarité des transports aérien et ferroviaire. Un modèle qui demanderait donc des investissements colossaux pour être remis en cause.

Concrètement, parmi les vols directs au départ de Genève, 15 destinations se trouvent à moins de 1’000 km ; aucune ne dispose d’une liaison, même avec transbordement, à moins de 6 heures de train, (à l’exception de Paris et Zurich, qui sont des aéroports de transit permettant de rejoindre des destinations intercontinentales non desservies depuis Genève).

La Suisse dépend de l'UE pour les trains internationaux, et celle-ci n'a pas les moyens financiers de mettre en place sur plusieurs décennies des infrastructures ferroviaires permettant de raccourcir les trajets en train pour les rendre compétitifs par rapport à l’avion. (D’ailleurs, la dernière enquête sur les projets de vacances à l’étranger des Suisses cet été révèle que 62 % comptent prendre l'avion, 31 % la voiture, et 7 % le train).

Ainsi, à quelques exceptions près, le train ne peut pas remplacer l'avion, même sur de courtes distances. Celui qui doit se rendre pour affaires dans une ville pour une journée ne peut pas se permettre de perdre 8 à 10 heures dans le train pour un aller-retour. Il est donc impératif que ces courtes distances puissent être effectuées en avion.

Ajouté à cela les syndicalistes du rail (principalement français) qui sont lourdement responsables du manque de compétitivité du rail face au ciel : c’est à cause d’eux que la France maintient des procédures dépassées, coûteuses en personnel et financièrement insupportables (ce qui favorise les autocars et a contribué grandement au démantèlement du réseau ferré français, à l’exception du TGV).

Et finalement, qu’en est-il de notre vol Genève – Zurich ? Il s’agit simplement de voyageurs qui ne font que transiter par Zurich pour aller plus loin. Personnellement je refuserais de m’entasser dans un train avec mes bagages pour faire un voyage Aéroport de Zurich – Genève de plus de 3 heures, parfois avec changement de train, en sortant de 12h de vol long-courrier. Sans compter que, pour certains départs tôt le matin et/ou arrivées tard le soir à Zurich, aucune correspondance n'existe par le train.

La solution se trouve donc dans les progrès technologiques de l’aviation. Ainsi, les derniers modèles d’avions commerciaux consomment 20 % de kérosène de moins que la génération précédente tout en étant beaucoup plus silencieux. Et le carburant vert est déjà disponible dans certains aéroports européens. Les progrès écologiques de l'aviation seront plus rapides et coûteront moins chers que la construction de plus de 15'000 km de lignes de train à grande vitesse en Europe, (avec paradoxalement une empreinte carbone plus faible au final).

Résultat : obliger les Européens à prendre le train plutôt que l'avion est une ineptie et un vœu pieu.

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv

 

Lien permanent Catégories : Air du temps 11 commentaires

Commentaires

  • Déjà que l'Europe doit lutter contre la concurrence des pays pétroliers qui cassent les prix, continuons sur cette voie, c'est comme avec les panneaux photovoltaïques estampés "écolos" fabriqués en Chine avec des usines qui fonctionnent avec du charbon et qui ne produisent que 50% de l'énergie qu'ils produiront durant leurs courtes vies, maintenant c'est au tours des avions alors qu'à nouveau la même Chine sort une copie d'Airbus tous les 2 jours, c'est bien parti pour l'économie locale !

  • Vous raisonnez selon la logique du marketing: la plupart des consommateurs souhaitent consommer de l`avion plutot que du train et donc pas moyen de leur fourguer du train a la place de l`avion. Le hic, c`est que le bouleversement climatique n`a que faire de la logique de l`offre et de la demande. La question est donc: les décideurs politiques auront-ils le courage de donner la priorité a la lutte contre le réchauffement ou continueront-ils a séparer les paroles des actes.

  • Cher Monsieur,
    Espérons que les décideurs politiques qui souhaitent lutter contre le réchauffement climatique agiront sur des leviers bien plus pertinents que des taxes inefficaces sur un secteur qui ne représente que 3% des émissions de CO2.
    Et si malgré tout vous réussissez à trouver les milliards de francs ou d'euros nécessaires au développement de lignes de trains à grande vitesse en Europe, je serai le premier à m'en réjouir … et à prendre le train!

  • Vous avez entièrement raison. Malheureusement le bon sens pèse souvent peu par rapport à l'idéologie.

  • J'en connais beaucoup de propagandistes qui prennent l'avion très souvent et qui nous bassinent avec le Co2 !

    Alors que les gaz hydrochlorofluorocarbures nuisibles à la couche d'ozone avaient été bannis de la planète depuis l'an 2000, ce qui n'empêche pas la Chine de continuer leur utilisation à grande échelle, ce sont ces gaz et non le Co2 qui provoquent des réchauffement climatiques, et tout le monde se tait, car ça arrange tout le monde politique de voir le climat se réchauffer !

  • Cher Monsieur,

    Je comprends que comme pilote, vous défendiez l'aviation mais vous écartez les conséquences et les effets néfastes du trafic aérien notamment les riverains de l'aéroport : nuisances sonores de 6h00 à minuit, nombreux polluants nocifs à la santé ainsi que les particules fines vaporisées, aménagement du territoire figé pour les communes qui ont le plaisir d'être circonscrites par les courbes de bruit.
    L'aéroport de Genève est une infrastructure certes utile mais il serait temps de réfléchir à un nouveau modèle
    pour le développement de l'aéroport et d'une manière générale pour le trafic aérien, largement privilégié.

    Alain Rosset

  • Cher Monsieur,
    Là n'était pas le sujet de mon article, mais il est juste de mentionner qu'il faut tenir compte des communes riveraines des aéroports. C'est la raison pour laquelle je suis favorable, pour des aéroports urbains comme celui de Genève de véritables couvre-feux (pas de décollage) entre 22h et 6h. Mais les perspectives sont plus réjouissantes pour vous: le trafic ne devrait reprendre que progressivement et d'ici qu'il atteigne les niveaux d'avant pandémie, (4 à 5 ans), les avions beaucoup plus silencieux seront plus répandus et l'essor des engins électriques à décollages et atterrissages verticaux devrait débuté. Cela devrait changer le paradigme du transport aérien court-courrier. J'espère vous avoir rassuré.

  • Merci de votre réponse et j'aimerais partager votre optimisme sur l'évolution technologique
    de l'aviation mais j'ai des doutes.
    Espérons que ce que l'on nomme le "green deal" imprègne les constructeurs d'aéronefs et que les compagnies
    aériennes investissent à bon escient.

    Alain Rosset

  • Monsieur Rosset, si nous faisions le décompte des nuisances à Genève, je peux vous garantir que les avions passent loin derrière d'autres nuisances dont personne ne parle, par exemple les émanations de parfums chimiques qui polluent la moitié du canton et qui proviennent des usines Givaudan et Firmenich, de ça, personne ne parle de taxes !

  • A chaque fois que des arguments viennent déranger les plans des faiseurs d'opinion, c'est le silence !

    Philippe, votre passion pour l'aviation dérange la bien-pensance imposée ambiante. Etonnant tout le monde parle de l'horrible assassinat de Floyd, qui fut-il, ce policier est un criminel, mais personne ne manifeste pour les ouïghours en Chine qui se font enfermer par million dans des camps de concentration et dans lesquelles ils meurent par milliers !!

    C'est tellement surprenant d'assister à ces manipulations de masses sur des sujets choisis par les majors et leurs soutiens politiques, ils s'attaquent à l'aviation pendant que les états financent au travers de subventions les cultures dépendantes des pesticides par millions de tonnes alors qu'un seul dixième de gramme tue un humain en 3 minutes !

    Je dirais que les vrais pollueurs financent les propagandes afin de sauvegarder leurs poisons, les pesticides tuent et empoisonnes des milliards d'humains, détruisent les terres ce qui provoque des inondations également meurtrières, mais de ça, personne ne parle !

  • Toutes les restrictions sont des restrictions qui s'attaquent aux privilèges des citoyens, du peuple et en plus ils arrivent avec leur propagande bien huilée à coups de Co2 à faire passer la pilule, c'est énorme, goebels l'avait dit, "plus c'est gros et plus ça passe" !

    Il avait aussi dit sans n'avoir rien inventé, les chinois l'avaient déjà dit 2'000 ans plus tôt, "répétez un mensonge des milliers de fois et ça deviendra une vérité" !

Les commentaires sont fermés.