Le Boeing 747 aujourd’hui, ou la mort d’un mythe volant

Boeing a annoncé, il y a quelques semaines, l'arrêt de la production de son avion emblématique en 2022. Quel a été la contribution de ce gros-porteur précurseur à la marche du monde et comment évoluera le monde sans lui ?

Nous sommes en 1969. Des milliers de personnes se pressent sur le tarmac du Salon du Bourget pour découvrir le dernier né du constructeur Boeing : le 747, que la presse américaine a déjà rebaptisé Jumbo. Cette allusion à l'éléphanteau de Disney, il la doit à sa bosse caractéristique et à son envergure qui n'a rien à envier aux oreilles du personnage de dessin animé.

A-t-elle conscience, cette foule de curieux, d'assister à un moment historique de l'aviation ?

On imagine mal, aujourd'hui, l'engouement populaire que pouvait alors susciter le monde de l’aviation. Que faudrait-il pour retrouver telle ferveur aujourd'hui ? En 1969, les chocs pétroliers n'ont pas encore eu lieu. C'est sans restriction, sans réserve et sans aucun doute que le progrès, alors, se conjugue avec le verbe voler.

La "Reine des airs" (l'autre surnom du 747) pouvait transporter jusqu'à 660 passagers à plus de 900 km/h : elle a grandement contribué à la démocratisation du transport aérien et, ce faisant, à sa renommée, à son statut iconique. Et pour cela, il a fallu beaucoup de génie, de petits miracles et rien de moins qu'un nouveau lieu de production, assez vaste pour donner naissance à ce monstre aussi haut qu'un immeuble de six étages : la mythique usine d'Everett, proche de Seattle, bâtiment le plus volumineux du monde et, aujourd'hui encore, principal lieu d'assemblage de Boeing.

Davantage de passagers, ce sont davantage de touristes, et le Jumbo contribue à l'accomplissement de voyages jusque-là accessibles uniquement dans les rêves. Visiter New-York devient ainsi possible pour la classe moyenne européenne. Une joie de vivre, donc, que le pont supérieur de l'avion, accessible par son célèbre escalier en colimaçon, utilisé comme bar par certaines compagnies, symbolise tout aussi parfaitement.

Davantage de passagers, c'est aussi davantage de prospérité. C'est œuvrer au bien commun. Ainsi, grâce au 747, l’aviation est devenue importante d’un point de vue culturel. Voyager est désormais un facteur d’éducation. C’est également un facteur de paix : plus on se rencontre, moins on se fait la guerre. C’est enfin un facteur de démocratie : les dictatures interdisent toujours à leurs citoyens de voyager.

Mais désormais, la trompe du Jumbo aspire le kérosène trop goulument. Depuis qu'en 2017 United l'a retiré de sa flotte, ses quelque 70 mètres d'envergure ont quasiment cessé de sillonner le firmament azur de son Amérique natale. Et quand Qantas, KLM ou British Airways font de même, on en veut encore plus à ce satané virus qui accélère aujourd'hui son retrait du service.

Quant à l'A380 européen qui, en 2005, a battu son record de capacité, il cessera d'être produit en 2021. Le Jumbo, lui, continuera à l'être un an de plus, ultime baroud d'honneur, ce qui permettra à Boeing de livrer sa 1’571e commande, toutes versions confondues : le Boeing 747 a gagné sur toute la ligne.

Mais espérons surtout que son retrait ne signifie pas la fin de la démocratisation des voyages et l’avènement d’une nouvelle société plus inégalitaire que jamais…

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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